vendredi 25 mai 2007

Loki y était.... Justin Timberlake à Bercy.


J’ai un sifflet de CRS dans les oreilles. Il griffe mes tympans à la lame de rasoir. La cause : je sors tout juste du concert de Justin Timberlake. Et derrière moi, à quelques centimètres de mon cou, trois adolescentes en feu ont hurlé leur amour hystérique pendant deux heures, soufflant sur ma nuque des ultrasons moites et brulants. On ne soupçonne pas le déferlement de décibels orgasmiques qui peut s’enclencher dans la gorge d’une ado à l’aluette transformée en clitoris gonflé à bloc. Avis aux Jacky passionnés de tunning : pas besoin de baffles surpuissants pour rempoter un concours de sono, trois teenagers sous trip Justin dans le coffre devrait faire sauter d’un coup le capot de la moindre 206 renforcée.
A la décharge de mes trois choristes, il faut avouer que leur volume stratosphérique était à la hauteur de ce qui se passait sur scène. Durant deux heures d’un show impeccable, Justin a largement confirmé son statut d’étoile la plus scintillante du Star System. Dès l’entrée sous le dôme de Bercy, la disposition choisie atteste le bon gout du lascar : une scène toute en rondeur trône au centre de la salle. Une longue passerelle surélevée traverse le lieu sur toute sa largeur. D’où qu’il soit, le spectateur ne manquera rien des savants déhanchés du maitre de cérémonie. Aux premières notes, un gigantesque rideau circulaire descend lentement du plafond et vient entourer la scène principale d’un voile blanc translucide. Quelques secondes plus tard, le visage de Justin s’y dessine, apparition quasi christique sur la toile qui prend des allures de Saint Suaire. Un concert de feulements amourachés s’élève des travées de Bercy. Il faudra qu’un jour la Ligue des Orthophonistes Associés fasse passer un moratoire sur l’interdiction des « i » dans les patronymes des chanteurs à succès… Au centre du tube transparent, Justin émerge lentement du sol, affublé de son désormais légendaire costume trois pièces gris agrémenté de baskets blanches éclatantes.
« Here we are now, entertainers... » Justin et sa troupe : quarte choristes, un groupe disposé tout autour de la scène, et une dizaine de danseurs survoltés arpentant l’espace sans faiblir. Les tubes incandescents s’enchainent avec souplesse, la salle est debout jusqu’aux gradins les plus haut perchés. Justin se balade du centre aux extérieurs, chaque plateau étant pensé pour qu’aucune partie du public ne soit lésée. A chaque approche, il déclenche des vagues passionnées tentant de lécher ses divins petons. Le bonhomme semble parfois effrayé par cette foule mouvante prête à le croquer. Le slam, ce ne sera pas pour ce soir, au risque de finir dévoré à la Jean Baptiste Grenouille ! Aux effets pyrotechniques, Justin a préféré la proximité et une certaine sobriété. En déplaçant sa scène au centre, en laissant les instruments visibles et quasiment à portée d’oreille, occupant l’espace sans que le contact ne soit parasité par le moindre décor, il parvient à créé de l’intime. On touche là ce qui fait sans doute le succès du gamin de Memphis. L’Elvis moderne ne brille ni par sa voix ni par son charisme. Plus lisse qu’une mèche de Beyonce après défrisage. Pendant son show, il m’est venu des images fugaces et violentes de GG Allin, punk ultime qui déféquait sur scène et pissait joyeusement sur son public, n’hésitant jamais devant une jolie scarification. Si Allin était le Ying, Justin serait son Yang, une perfection de platitude. Mais c’est justement dans ce dépouillement qu’il trouve sa puissance. Depuis l’effroyable N’Sync, Justin ne cesse d’élimer son style. De la pop indigeste de Max Martin aux mélodies binaires de Timbaland, des jeans à franges à l’impeccable costard, des mégas shows au concert de ce soir, de Britney Spears à Cameron Diaz … ou Scarlett Johansson… ou Jessica Biel… Bref.
Le garçon a compris une chose : c’est parfois dans la simplification totale que se niche la sophistication la plus aboutie. C’est sans doute pour cette raison que la collaboration avec Timbaland a tout de suite porté ses fruits. L’homme qui a imposé ses compositions syncopées à trois notes au sommet des sharts mondiaux a trouvé sa muse parfaite. Ses productions ultra rythmées, dominées par des basses sismiques, correspondent parfaitement aux aspirations musicales de Justin qui tient là son pygmalion. Il sexualise ses textes à outrance, assume la simplicité du propos, ne devient plus qu’un symbole, une évocation. Sa danse est du même acabit : pas de salto ni de coupole spectaculaire, mais des gestes souples, sobres, maitrisés, légèrement sexuels (ce soir, il osera tout de même le fameux attrapage de testicules cher à Michael Jackson), exécutés avec classe. Voilà, Justin est une épure. Une statue de glace, beauté saisissante et éphémère. Lisse et translucide. Le maitre de la facilité perfectionnée. Une incantation plus qu’une incarnation. On est loin d’un Isaac Hayes en débardeur en côte de maille, suintant d’un érotisme brut. Justin, c’est du « safe sex symbol », de la virilité érectile sous capote. Sensualité rassurante. A la mi-temps du show, Timbaland vient recevoir l’ovation qu’il mérite et enchaine un medley de ses derniers tubes. Puis Justin reprend le flambeau-micro et entraine son auditoire jusqu’au climax : Sexy Back. Mis à part les quelques slows plus sirupeux qu’un pan cake sous érable, il tient la cadence sans faiblir. Dernière fronde aux caciques du genre, il ponctue son rappel d’une balade au piano. Nase, mais bon....
Mes trois sirènes ne braillent plus. Elles soupirent longuement, trempées, les yeux humides, le souffle haletant. Dehors, elles s’allumeront sans doute une clope. Laquelle parlera la première ? On dit que les premiers mots après l’amour sont toujours crétins. Je mise sur la petite rousse, la plus véhémente du trio. Je tends l’oreille. « Putain, c’était trop génial ! Faut qu’j’aille pisser ! » Gagné…

Vidéo à peu près correcte du concert de Sheffield. L'auteur de cette jolie piraterie était lui aussi entouré d'un banc de sirènes au bord de la crise de nerfs :


L'ouverture, filmée par les sirènes elles-mêmes. Évidemment, le cadrage est un brin fébrile. Attention, c'est assez violent:

7 commentaires:

laurence a dit…

c'est très spécilisé pour moi mais toujours aussi efficace. Ne t'arrête jamais !!

Anonyme a dit…

Bravo pour l'ouverture du blog! J'attends avec impatience les prochaines chroniques. Présente au concert de justin la veille, je confirme tout a fait le propos. Je regrette néanmoins que les déhanchés des starlettes n'aient pas été à la hauteur de leur "JustIIIIIIIIIIIIIn", sur ce coup elles détiennent sans aucun doute la palme :)
so', the couz

balibulle a dit…

fort envie de te rentrer dans les plumes pour le coup de la platitude et de la virilité sous capote mais, well, tu restes un hétéro, donc... ;)

Loki a dit…

Merci Couz, toujours en première ligne pour soutenir le Loki! Effectivement, Bercy a eu du mal à gigoter son Sexy Back. Les grandes salles qui se la pètent sont toujours plus difficiles à emballer que les petites modestes et mal foutues. Je déteste Bercy et j'aurai préféré voir le gamin dans mon fétiche Elysée Montmartre, ou, juste pour la blague, au Tryptique!

Loki a dit…

Sorry pour la platitude Bali, mais si je reconnais moult qualités à Justin, mon hétéro sexualité me donne suffisamment de recul pour ne pas remarquer son insupportable manque d'aspérités. Le bonhomme est quand même plus fade qu'une chips aux crevettes! Son côté mickey mouse club sans doute, so wasp et bien repassé. Mais cette affreuse normalité, n'est-ce pas aussi ce qui le rend si horriblement sympathique?

balibulle a dit…

Normalité, oui, bien sûr ! Et c'est évidemment ce qui nous fait vibrer, nous, gent féminine (le fantasme du boy next door). Mais pour moi, ce mot n'est jamais synonyme de platitude et fadeur. Moi je dirais plus tôt que c'est un mec qui en a sous le pied. Et ça, dans une ère d'impudeur où il est de bon ton de poser ses couilles et son âme sur la table, c'est furieusement pas plat et pas fade.

TT a dit…

Pour y avoir été et perdu 6/10 à chaque oreille, je dois avouer que j'aurais préféré voir autant d'énergie dépensée à danser plutôt qu'hurler "Justeeeeeeen aïe lovyu"
Mais le type est quand même sensas' et le show est rodé (à la ricaine quoi) mais loin d'un Eminem qui fait hurler et tanguer toute la salle sans danseuses...
En tout cas Loki on sent que t'y étais
Sacré paire de Tim, moi j'vous le dis