mercredi 15 août 2007

Loki écoute en rotation permanente ... Lil Wayne.


Pour foutre le feu y'a pas qu'l'essence
(copyright Lunatic)


Y'a aussi Lil Wayne, le rappeur qui fait "shhhhhhhhiii" quand on pose le doigt dessus! Tellement bouillant que son nom suffit à enflammer n'importe quel titre. La liste de ses dernières collaborations est plus longue que celle des candidats au grand voyage prévue par Hortefeux (un doigt pour lui). Kelly Rowland, DJ Khaled, Robin Thicke, Ja Rule, Fat Joe, DJ Unk, Nelly Furtado, David Banner, Kayne West et tant d'autres ont fait appel à ses services. Pas un seul remix sans que celui qu'on appelle Weezy n'y pose une voix plus écorchée que le visage de Castor Troy dans Volte Face. A chaque fois, le résultat est le même: buzz incandescent, ventes décuplées.

Dwayne Michael Carter est né en 1982, les deux pieds dans la merde avant même de savoir marcher. Hollygrove, quartier le plus pourri de la Nouvelle Orléans. A l'échelle de la planète, ça te place sans doute quelques échelons au dessus des pires bourbiers noirs africains, mais guère plus haut. Fils unique, fils seul. Père lointain, bientôt mort. A onze piges, Wayne n'a déjà qu'une seule obsession: le rap. Il écoute en boucle les productions du label Cash Money, le plus célèbre de la ville, tenu par une certain Brian Williams, également appelé Baby ou Birdman. Lors d'une séance de dédicace, le gamin lâche un méchant freestyle à la gueule du boss. Postillons dans la face. Choc. Williams lui propose une formation accélérée. Wayne quitte le domicile familial et suit la troupe Cash Money sur les routes. Il passera quasiment toute son adolescence dans le bus du label, entouré des stars de l'époque : Pimp Daddy, Lil Slim ou encore UNLV. Il est à peine pubère et respire à pleins poumons les volutes d'herbes, les odeurs d'alcool et les fragrances de chattes des groupies qui défilent dans le véhicule. Belle jeunesse. Conséquence: il s'offre un rejeton dès ses 16 ans. En 1997, il intègre le groupe Hot Boys avec, notamment, Juvenile. Le succès est important, le groupe explose rapidement. Lil Wayne tatonne encore, se cherche, mais fait déjà preuve d'une aptitude impressionnante à débiter des punchlines hyper percutantes. Au fil de ses collaborations et de ses sorties solos, son style s'affine. Sa voix, éraillée par les multiples excès, griffe le beat, roule dans les graves, grince dans les aigus. Il devient maitre du freestyle et de l'égotrip. Ses textes bourrés de métaphores totalement allumées emportent très haut l'auditeur.

Son second solo, Tha Carter II, sorti en 2005, s'est vendu dans les rues comme des p'tits pains de shit. Et il comporte certaines des plus grosses tueries que le rap ait livré ces dernières années: Hustler Musik, Fireman, Money on my mind, pour ne citer qu'eux. Depuis, il n'a cessé de progresser. Installé à Miami après le passage de Katrina sur la Nouvelle Orléans, Weezy ne sort quasiment plus de chez lui, couvre son corps de tatouages insensés (deux larmes sous les yeux et l'hallucinant "I Fear God" sur les paupières), se gave de substances abrasives, enregistre morceau sur morceau et pousse ses qualités rapologiques à un autre niveau. Un niveau jamais atteint? Peut être bien. Lorsqu'on lui parle de vacances, Young Money (l'un de ses nombreux surnoms) lache un rire glaçant: "Des vacances? Mais ce sont des putains de vacances! Je suis là dans cette superbe baraque, je me lève la nuit, j'enregistre deux trois bombes, je me défonce, je me fais sucer et puis je retourne au studio. Où tu veux que j'aille?!" Sa dernière mix tape (Da Drought is over, à se procurer absolument) a livré quelques indices sur la suite de sa carrière. Et c'est tout bonnement impressionnant. Prostitute Flange, balade amoureuse trash et déglinguée ("je t'aimerais même si t'étais une pute") est sans doute l'un des titres les plus étonnants entendus ces derniers mois. Lil Wayne chante quasiment, la voix agrippée à la mélodie dans des intonations faisant songer à un Prince dont on aurait gratté les cordes vocales à la lame de rasoir. I Feel like dying, hymne à la défonce, fait planer de 0 à 3000 dès les première rimes : "I am sittin on the clouds / I got smoke coming from my seats / I can play basketball with the moon / I got the whole world at my feet / Only once the drugs are done / Den I feel like dying, I feel like dying...." Et La La La a des évidentes effluves de Hard Knock Life de Jay Z, version New Orleans. Et d'ailleurs la comparaison n'est pas fortuite. Weezy se proclame à longueur de morceaux "Best rapper alive". Et son talent devrait effectivement lui assurer une dynastie de succès à la Jay Z, Nas, Biggie, Eminem ou 50 Cent.

Reste à assurer la suite. Dans son bunker bling-bling de Miami, Weezy prépare l'album le plus attendu par les b-boys du monde entier. Kayne West, entre autres, est prévu derrière les manettes. Un premier morceau vient d'ailleurs tout juste de sortir des fourneaux volcaniques des deux rappeurs : Barry Bonds. Annoncé pour 2008, Tha Carter III devrait poser les serres aiguisées du flow de Lil Wayne sur les hits parades mondiaux. Il prévoit d'ors et déjà d'en écouler 5 millions de copies. Présomptueux? Pas sur. Il vient de faire la couverture du prestigieux Fader et le cultissime XXL l'a choisi pour célébrer son dixième anniversaire. Sondée par MTV, l'ensemble de la communauté hip-hop, des rappeurs aux producteurs en passant par les journalistes, vient de lui remettre la couronne qu'il revendiquait depuis ses 14 ans: celle du "meilleur rappeur vivant". A la remise de la distinction, Weezy s'est exclamé: "Ca fait dix piges que je vous le dis les mecs! Mais vous n'écoutez pas..." Lil Wayne est déjà le roi, solidement installé au sommet de ce rap jeu, dans un trône posé sur les nuages. Icare rapologique, il finira bien par se brûler la langue à trop vouloir lécher le cul du soleil. Il le sait et s'en fout : "I'm at the the top of the top, but still I climb / And if i shall ever fall the ground will then turn to wine." Jolie chute...

Vidéos:

Show me what you got, capté en concert et en studio. L'occasion d'admirer la souplesse du flow.



Monstrueux freestyle sur Rap City:


Hustler Musik. Classik!


L'excellent remix de Maket it Rain, titre de Fat Joe dont le succès est essentiellement du à Weezy, auteur du refrain et d'un couplet ravageur où les métaphores pleuvent drues sur le beat. L'occasion de retrouver un R Kelly au sommet de sa forme en pimp classieux et pourtant tellement crado.


9 MM, produit par David Banner. Même Akon passe bien sur cette balle.


Shooter, avec Robin Thicke.


Duffle Bag Boy, son dernier titre clipé, avec Playas Circle. Il fait le refrain. Et ça sauve le titre.

mardi 31 juillet 2007

Loki se trémousse sur ... Dude N Nem.


Jeu de jambes


Yes papy! Cadeau! La nouvelle sensation rap de Chicago, c'est un peu Patson en vadrouille dans un strip club d'Atlanta. Dude N Nem, ce n'est pas la suite des aventures de Jeffrey Lebowski dans un restaurant asiatique, mais le blaze de deux lascars faisant vriller les rotules à 360° sur les dancefloors américains. Un titre, un hit. Efficacité maximum. Avec ce Watch my feet complètement barré, le duo replace Chicago sur la carte Michelin du hip-hop, aux côtés d'ATL, Houston, Miami ou SanFrancisco. Dans les années 40, la ville d'Al Capone vibre au son des boites de jazz. C'est le temps de la prohibition et du Steppin. Une danse "marchée", normalement exécutée à deux mais qui, en solo, ressemble à un bon vieux madison. Les Dude N Nem ont exhumé la bête, l'ont révitalisé avec un bon coup d'Air Force 1 dans le cul et en ont tiré le Jukin, une version accélérée et franchement épileptique du Steppin. Le résultat est surprenant. C'est vrai, on a l'air un peu con quand on danse le Jukin. Mais cette connerie assumée et salvatrice fait du bien. On est proche, par le son comme par le style, du fameux "Go dumb" (devient stupide) proné par le mouvement hyphy de la Bay Area. Et bien sur du "get crunk" cher à Lil Jon. Le Jukin des Dude N Nem n'est qu'une énième déclinaison, à Chicago cette fois, de ce son dirty qui envahit les charts américains. Brut, binaire, décomplexé et sans le moindre message si ce n'est celui de se faire plaisir. Avec le crunk, le hyphy, le jukin, la booty ou la snap music, le hip-hop retourne enfin dans les clubs s'en payer une belle tranche, s'envoyer des litres d'alcool dans l'estomac, remplir ses poumons de weed hydroponifiée, descendre des bouteilles entières de codéine et gober quelques extas (écouter le prodigieux morceau des Bone Thugs N Harmony à ce sujet...). Et surtout se trémousser comme un abruti. Comme si, après avoir revendiqué, combattu, lutté pendant des années pour son droit à l'expression, il s'accordait le droit de souffler et de s'éclater, comme au bon vieux temps des premières block party, sur des rythmes simples et entraînants comme un Planet Rock. Alors sort tes lunettes blanches p'tit Martin (Copyright Roi Heenok), tes tee-shirts à grosses lettres, tes baskets fluos et lance toi dans une bonne session de Jukin! La révolution attendra bien encore une nuit...

Dude N Nem, Watch my feet:

lundi 16 juillet 2007

Loki se gave de ... Mark Ronson


Marchand de bonbons

Vous cherchiez une gentille saveur sucrée à glisser dans vos oreilles cet été? Un petit son frais, léger, consommé en violentes crises de boulimies auditives puis aussitôt oublié? Mark Ronson a ce qu'il vous faut. De la zic qui fait "pop" dans l'oreille et zizir aux tympans. C'est vrai, sur la photo sélectionnée par le sieur Loki, l'homme ressemble plus à un Columbo sur la fin où un clochard sur le retour, qu'à Daddy Suc.
Pourtant, avec Version, son second album, Mark Ronson livre une bonbonnière pleine à craquer de joyeusetés pour vos palais. Ce Londonnien de naissance, fils d'une glorieuse lignée d'artistes en tous genres, a émigré vers la grosse pomme dès 8 ans. Torgnole hip-hop dans la gueule dès l'adolescence, le voilà deux platines sous les bras écumant les clubs de la capitale. Il devient un DJ respecté pour son éclectisme et sa musicalité. C'est là qu'il développe son fumeux concept de "ghetto metal" étiquette fourre-tout qu'il colle sur sa marmite sonore. En gros, Mark mélange tout. Avec lui, il n'existe plus qu'un sur-genre mondial planant très haut au dessus des clivages, là où scintillent les 3 lettres du mot POP. Après avoir travaillé comme producteur pour diverses célébrités de gros calibre, il sort en 2003 un Here comes the fuzz sympathique mais fade. Le Mark a compris: il faut plus de sucre, de crème et de chantilly. La recette est simple: reprendre des titres plus ou moins connus en y ajoutant ces savoureux ingrédients. Quelques expérimentations plus tard, voici donc Version, pièce montée plus chargée que celle du mariage d'Axl Rose dans November rain.
Le résultat est surprenant. Reprenant sans ambages les chansons les plus grillées, Mark Ronson les arrondit en ajoutant de la basse (celle de Stu Zender, bassiste originel de Jamiroquaï), du beat et surtout des cuivres. Beaucoup de cuivres. C'est léger, acidulé et furieusement addictif. Sous sa patte, le
Toxic de Britney Spears devient une balade soul éreintée par la voix d'ODB, le Valerie des Zuttons prend la chaleur incandescente d'Amy Winehouse, le Stop Me des Smiths trouve une seconde (première?) jeunesse et le Just de Radiohead sonne, comble de l'hérésie, incroyablement gai. Bien sur, on est loin de la pâtisserie fine et les desserts de Mark Ronson peuvent porter sur l'estomac après une consommation abusive. Mais déguster le superbe Oh my god de Lilly Allen, cover d'un morceau sans saveur des Kaiser Chiefs, c'est s'offrir un petit moment d'extase, puissant et éphémère, comme le contact du chocolat sur vos papilles.
Et quand, en prime, le bonhomme dégaine des clips plus réussis les uns que les autres, on ouvre les yeux, les oreilles, et on savoure. Miam....


Oh my god, feat Lilly Allen. La peste se la joue Jessica Rabbit. Très classe. Dans la salle de ce club cartoonesque, on peut reconnaître quelques uns des principaux collaborateurs de Ronson: Wale, les Kaiser Chiefs, Stu Zender entre autres.


Stop me, titre des Smiths à la base, chanté ici par Daniel Merriweather.


L'excellent
Just de Radiohead.


Toxic
sur scène. Ronson est à la gratte, Zender à la basse, Merriweather au micro et Wale, rappeur de DC dont le buzz crève le plafond, reprend les parties d'ODB. Le titre original avec le regretté "bâtard sale" est à écouter absolument.


Valerie, perfomée par Amy, absente du clip sans doute pour cause de déglingage avancé. Wale et son flow primesautier ouvre la vidéo. Prononcer "Oualé", le lascar est de Washington DC, pas de Cardiff...


Loki tripe totalement sur .... DG Yola


Légende urbaine


Dans la geste rapologique, il est des attributs qui font monter d'un coup la cote des prétendants au trône. Une balle dans la tronche par exemple. Celle qui a traversé la bouche de DG Yola, fracassant sa mâchoire et laissant deux trous bien nets sur ses joues, aurait pu plomber ses rêves de gloire. Elle est pourtant en train de faire de lui une légende. Avant ce braquage méchamment parti en couille à un carrefour d'ATL (Atlanta), épicentre de la secousse Dirty South et nouvelle capitale du rap mondial, DG Yola avait tout du jeune loup prêt à plaquer ses rimes d'un or massif. Un MC ultra talentueux d'à peine 18 piges, doté d'un flow élastique et mélodique, maîtrisant avec une rare aisance l'art de la punchline meurtrière et, "cerise sur le ghetto" (copyright Mafia K'1 Fry), d'un solide sens du second degré. Avant la balle, maître Yola s'éclatait, distribuait des égotrips puissants comme ce Ain't Gonna Let Up culte dès sa sortie et claquait des freestyles incroyables sur les ondes US. Avant la balle, Yola envoyait un Rollin "so pimpalicious" entouré des revanchards Bone Thugs n'Harmony. Avant la balle, Yola en était une. Après, il est une rafale.

Entrepreneur du ghetto, il a compris en un clin d'oeil le bénéfice qu'il devait absolument tirer du tragique épisode. Pas d'autre choix, évidemment. Peu de temps après son hospitalisation, des vidéos montrant sa douloureuse remise sur pieds, et surtout sur dents, ont fait leur apparition sur le net. Impact immédiat. Explosion des connexions. Buzz tsunamique. Ventes en ascension libre. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Pas de connerie, Yola est très diminué. Sa mâchoire crispée, masquée par son grill, n'a plus la moindre mobilité. Il siffle des mots entre ses chicots dorés avec conviction mais ses paroles suintent la douleur. Pour l'instant, il semble absolument incapable de rapper, comme l'atteste les passages parlés sur sa nouvelle mixtape Thru the wire qui rassemble des titres, la plupart excellents, enregistrés avant la balle. Mais sa motivation brûlante, sa rage de vaincre et son absence totale de ressentiment, même vis à vis de son agresseur, donnent envie d'y croire. Il va mieux et c'est déjà ça. Les crétins pourront hurler au cynisme, à la violence instrumentalisée, à la vulgarité d'un môme ne pensant qu'à faire du fric et voyant dans sa propre souffrance un moyen d'attirer sur lui les regards. Ils n'auront rien compris. "I'm a get money nigger" scande-t-il à l'envie. Yola était déjà en survie avant la balle. L'énergie du désespoir, c'est sans doute la seule qui n'ait jamais tourné dans son moteur. Un carburant abrasif qui ne cherche qu'une étincelle pour s'enflammer d'un coup. Yola a rencontré la balle. Il s'apprête à brûler de mille feux.

La video de Aint Gonna Let Up, titre prophétique. Malheureusement sauvagement censuré pour les besoins du clip:



Freestyle d'enfoiré sur le son Fly High, impro et punchlines en pagaille, un massacre:


La première video après le passage de la balle. Attention, brutal.


Son myspace est très fourni, la totalité de sa mixtape est en écoute. C'est ici.


mercredi 11 juillet 2007

Loki y était ... la Mafia k'1 Fry à la Goutte d'Or

Jeu de paumes


Photo: Damien Bouchard

Ils apparaissent et les mains se tendent vers le ciel. Des mains jeunes et colorées, avides de recevoir, pressées de donner. Des mains blessées pour certains, aux lignes de vie ténues, fragiles comme un fil de soie, prêtes à se briser au premier souffle. Des mains fines pour d'autres, porteuses d'un savoir venu de loin, savantes et appliquées, décidées surtout. Des mains encore tendres mais sur lesquelles se dessineront bientôt les traces de l'effort et du sacrifice. Des mains qui devront en serrer d'autres pour que la France de demain puisse s'apaiser. Des mains tendues vers le ciel du 18ème, ce samedi 30 juin 2007.

Ils apparaissent et la jeunesse de Barbes se dresse. Un concert de la Mafia K'1 Fry à la Goutte d'Or, c'est comme un retour au bled. Ca revient presque chaque été, c'est bondé, on se presse sur le bitume comme dans le port d'Alicante, on y parle fort pour se faire entendre et se frayer un passage dans la mêlée, et à l'heure des retrouvailles on est heureux comme lorsque l'on sert dans ses bras un vieil oncle dont on a été trop longtemps séparé. Cette année, la réunion de famille a lieu devant l'église St Bernard, le square Léon étant squatté par de méchants travaux. Tant mieux. En arrivant sur les lieux, on est tout de suite percuté par la puissance du symbole. L'église est en fête, des lumières chaudes dansent sur ses murs, des statues africaines en carton se balancent au cou de ses gargouilles. Et à ses pieds, un public métissé s'apprête à recevoir une bénédiction musicale. "Bon sang, le bon dieu doit kiffer s'il voit ça!" se dit le Loki lorsque la cérémonie débute.

La nuit s'étale lentement sur Barbès. Et la voix puissante de Kery James monte dans ses hauteurs. Âpre, sèche, compacte. Le souffle est immédiat. La tension grimpe d'un coup. La foule se compresse, s'agite, tend l'oreille et hurle dans le même souffle. Bon sang, Kery... Il entonne Thug Life, titre phare du dernier album de la Mafia, inspiré du fameux slogan de Tupac. Un texte concentré comme une tour de béton. Sans refrain. L'historique d'un collectif pour lequel le rap est un acte de foi. Lorsque le beat retentit enfin, faisant ricocher de lourdes basses sur les murs du quartier, la marée humaine se gonfle et rugit. Un océan frappé par la tempête. Kery se jète enfin sur la scène, tee shirt noir et bras nus. Et des vagues de vie déferlent sur l'église St Bernard. Lorsque le morceau touche à sa fin, chaque membre du clan apparaît pour entonner le désormais mythique: "Je suis Mafia k'1 Fry". Une phrase qui résonne fort dans le coeur des mômes du 18. La Goutte d'Or est tellement Mafia K'1 Fry.

Méchante introduction. La suite est du même acabit. La pillule de Teddy Corona et Demon One et son entêtant "foulek" donne le tourni à l'assistance. Rhoff célèbre son retour dans le crew avec Gere, tandis que Mista Flow grogne comme jamais sur l'hargneux Survivor : "L'état aimerait coincer le gros Mista Flozor, au volant d'un hors bord avec 100 kilos à bord!". Aux quatre coins du quartier, les bénévoles, pour la plupart issu du précieux tissu associatif qui drappe la Goutte d'Or, gèrent une foule soit disant ingérable. Mais pas la moindre esclandre ne vient gâcher la fête. Comme d'habitude. Même lorsque Kery, décidément intenable, scande le sur véner Hardcore, classique parmi les classiques. Des centaines de gorges déployées hurlent avec lui le violent gimmick. La nuit s'étire, Mokobé, accompagné d'un Patson adulé, clot la performance avec quelques séquences de "coupé décalé" qui embrasent définitivement les corps. Les filles se déhanchent avec conviction, les culs tressautent, les hanches frétillent, plaisir des yeux, relâchement après la tension. La tempête se calme. La mer s'apaise. La Goutte d'Or roule lentement vers le sommeil. Sa jeunesse dorée a rêvé. Dommage que ce ne soit qu'une fois dans l'année...


Deux vidéos trouvées sur Dailymotion et captées par Lemzo. Merci à lui.

HARDCORE!!!!!!!!


Mokobe et Patson:



Bonus: le clip de Thug Life.



Sur bonus: deux petites vidéos datant de 2005 et captées par Ares. Si si la famille!



MOV04015
envoyé par ares15


Paix au grand frère Sophiane et à toute la famille Nafa (Jeloul dit merci pour la découverte!), Antoine et Jacques Mendhi (A nous la mairie les gars, on lache pas l'affaire!), la famille Badir, la famille Youcef Sba, la famille Belkacem, la famille Cohen, la Scred et à tous ceux qui ont partagé avec moi, de près ou de loin, la chaleur de ce quartier.

mercredi 27 juin 2007

Loki vient de se faire électrocuter

Amy + Mos = la foudre

Grosse émotion lorsque je suis tombé sur ce live de la superbement déglinguée Amy Winehouse, qui porte décidément bien son nom si j'en crois les dernières lectures auxquelles je me suis adonné dans mes toilettes, antre de Voici, Public et autre joyeusetés trashs. Littérature idéale pour les évacuations intestinales, ingurgitée en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "plouf". Le tout est de ne pas confondre les journaux avec le PQ. On ne mélange pas les torchons avec le papier hygiénique.... Mais c'est un autre sujet.
Amy nous offre un Love is a losing game suave, langoureux et mélancolique. De ses balades désespérées qui mouillent les paupières et font tressauter le menton. C'est triste, c'est sombre, c'est beau. Et sur cet écrin de velours, Mos Def vient poser sa voix satinée et subtilement nonchalante. Putain, c'est vraiment beau. Et c'est cadeau.


Loki lorgne ... le nouveau Kanye West.


Mégalo avant tout.

Ca y est, Kayne West a définitivement décollé. Dans un vaisseau spatial rutilant piloté par les deux super hérauts de l'électro française, les humanoïdes versaillais Daft Punk. Ca faisait un moment que la grosse tête sur gonflée à l'hydrogène de Mister West menaçait de lui faire perdre le contact avec la surface de la planète. Cette fois, c'est clair, le bonhomme ne touche plus terre. Avec ce Stronger pompé sans ménagement à nos robots préférés depuis Astro, il offre la preuve que son gigantesque talent menace de s'engluer définitivement dans sa mégalomanie. Lui plane à trois milles quand sa musique s'enfonce. Après le fascinant College Drop Out, qui lui avait offert sur un plateau le titre de producteur le plus talentueux du nouveau siècle, son second album avait déjà aiguisé les langues fourchues des critiques. Sur qu'elles vont se lécher les babines avec l'album annoncé par ce second single.
Le clip, super production siliconée, est à son image: brillant, clinquant, lourd, irritant, facile. L'idée de départ est excellente: une collaboration avec Daft Punk . Mais pourquoi pas un titre original plutôt qu'un simple sample? Bien sur, le morceau originel est tellement efficace que Kayne y pose un égotrip sans effort. Il y est vaguement question d'une "black Kate Moss", alors voici l'irréelle Cassie qui apparait entre deux plans du génie. Trop furtivement d'ailleurs, tant la vision de la belle est une caresse pour la pupille. Dilatation oculaire immédiate. Kayne, lui, porte les lunettes de soleil les plus kitch qu'un UV ai jamais croisé, deux stores entre-ouverts sur ses paupières, façon 9 semaines et demi, Kim Basinger en moins. Imagerie manga (grosse référence à Akira sur la fin) et séquences guerrières s'enchainent sans qu'on y comprenne grand chose. C'est vrai, c'est classe. Mais c'est tout. Et c'est un peu court.

Stronger
n'en reste pas moins un sympathique morceau et la vidéo qui l'accompagne une sorte blockbuster ultime du genre. Le Star Wars du clip. A consommer avec un gros paquet de pop corn Baff, bien gras et sucré. En attendant que Kayne redescende enfin sur terre et s'attelle à de nouveaux chefs d'oeuvre.



Le clip est tout neuf, à peine 24 heures de vie sur le Net, il se peut donc qu'il soit retiré par Universal. Pour mieux ressuciter quelques minutes plus tard. Faites moi signe s'il disparait subitement, je ferai la réactualisation nécessaire.


Bonus: la précédente vidéo de Kayne West, Can't tell me nothing, également sur le tracklisting de son futur opus, Graduation, prévu pour septembre.