mardi 4 décembre 2007

Loki s'offre une manucure

Orchestrée par l'esthéticienne Kid Sister, dans un Venus Beauté Institut décoré par l'équipe de Pimp My Ride. Kid Sister est la rappeuse la plus hype du moment. Ce qui signifie qu'elle sera sans doute ringarde avant même d'être célèbre. En attendant, elle sort des titres très très chauds produits par son pygmalion A-Trak, le Dj de ... Kanye West. Je sais, ça vire à l'obsession... A-Trak a des platines en or massif. Plusieurs fois Champion du Monde (dès ses 15 ans...), il est surtout ... de Montreal. Un détail? Pas vraiment. La terre du panecake livre en ce moment de très chaudes fournées de très bonne musique. Il se passe quelque chose au pays du caribou. Arcade Fire brûle la scène rock mondiale, Roi Heenok braque le dico (t'entends p'tit Martin???), Chromeo déterre le disco, on y danse la Poutine ou le Tabarnak et on n'entend plus Garou, signe d'une indéniable bonne santé musicale.
C'est sans doute là, au croisement des influences européennes et américaines, que se forge le meilleur son électro/hip-hop de la planète. A-Trak en est le parfait symbole. Ultra talentueux, il remixe avec génie (Lil Wayne, Rick Ross, Queens of the Stone Age, Architecture in Hlesinki...), sans complexe et sans frontière. Il multiplie les BPM comme des petits pains et taille la rythmique à la façon d'un chirurgien.
Avec Kid Sister, rappeuse fluo de Chicago, il a trouvé sa muse idéale. Jolie, punchy, un rien pétasse et tellement "girlie". Si Kid Sister n'a pas la meilleure plume, elle possède un outil bien plus efficace quand il s'agit de poser sur des prods abrasives: une attitude.
Pro Nails est un hymne parfait à la futilité. Le thème: les ongles de la demoiselle. C'est important, les ongles. On néglige trop souvent la portée universelle des ongles. Déjà, tout le monde en a, des ongles. Si si. La moitié se les ronge pendant que l'autre moitié se les peint. Entre les deux, Kid Sister a choisi son camp. Non au stress, oui au strass! Finalement, ce ne serait pas un appel à la paix dans le monde son truc? Genre: faites vous les ongles, pas la guerre? Saloperie de hippie...
Le refrain est grandiose: "Toes done up, fingernails matchin!" C'est inspiré du mythique groupe de rap porno 2 Live Crew. Intraduisible. En gros, elle a assorti ses ongles de pieds à ceux de ses mains. Prodigieux... Là dessus, elle nous claque un égotrip sympathique, sur lequel le grand Kanye vient caler son verbe sautillant. C'est frais, inutile, inconséquent, sans lendemain, flex et efficace. Et ça n'a pas d'autre vocation. Donc c'est très réussi. Le clip est à la hauteur, défilé de faux ongles du meilleur goût, avalanche de fluo, de joggings nike édition Agassi, de collants dorés et autres détails esthétiques attestant à quel point c'est effectivement très hype. Le plus qui tue: une superbe chorégraphie ... de doigts! La danse que Loki veut absolument pratiquer sur le zinc de la prochaine boîte qu'il arpentera, lorsque ses pieds l'auront définitivement lâché. Son pas préféré? Le doigt d'honneur, évidemment...

Pro Nails:




Bonus: Le Tabarnak! Danse sur un pied inventée par le groupe 200 Négros.


Double bonus: La Poutine! Omnikrom et TTC. Le meilleur plat du groupe parisien depuis moult.


Pour terminer, une petite sélection des meilleurs prods d'A-Trak:






Quadruple cheese: Un mix monstreux de plus de 50 minutes, baptisé Dirty South Dance, qui s'arrache sur les plateformes de téléchargement:

jeudi 29 novembre 2007

Loki aime les pirates

Le dernier clip de Kanye West circule depuis quelques jours sur le net. Un superbe cartoon réalisé par Takashi Murakami, le designer de Louis Vuitton pour lequel Kanye voue un véritable culte. Si la qualité de la vidéo est limite, c'est qu'on la doit à une jolie piraterie. Le corsaire du net est allé piller ce trésor dans une exposition dédiée à l'artiste Japonais et dans laquelle le clip est diffusé. Les premières secondes sont très mal cadrées mais ça s'améliore par la suite. C'est la seule et unique version disponible pour le moment sur la toile. Good Morning n'est pas le meilleur titre de Graduation mais le travail effectué par Murakami lui donne une nouvelle ampleur. On retrouve l'ourson qui suit Kanye depuis ses débuts, mascotte d'une université imaginaire dans laquelle il devient enfin ce qu'il aurait du être: tout sauf un rappeur. Quand la plupart de ses congénères ressassent leurs histoires de flingues et de deals, lui rabâche ses études foirées. Et traque à tout prix une inaccessible Graduation.

Good Morning. En prime, une DeLorean volante. Comment on dit déjà? Culte?

R'N'Bizarre

Usher au micro, Ludacris sous hélium, R2D2 aux platines. Noir du futur. Sabrolaser pour micro.
Ca s'appelle Dat Girl Right There, et c'est produit par Rich Harrison, l'un de ces faiseurs de tube que s'arrachent les maisons de disque. On lui doit notamment Crazy in Love de Beyonce.
L'ami Chris a du changer de drogue récemment ou est tombé sur une skunk hydroponique croisée avec des orties pour sortir une prod aussi perchée. Le bonhomme a quitté la terre, emmenant un Usher qui en avait bien besoin dans son sillage. La console d'un vaisseau spatial en guise de sampler. C'est génial ou complètement nase. Exactement le genre de morceau que j'adore détester et que je déteste adorer. R'N'Bizarre.

mercredi 28 novembre 2007

Deux boules à facettes dans le caleçon

Des attributs scintillants dont dame nature a sans doute doté Snoop Dogg. Après l'OG, le Pimp, le Larry Flint black, le voici en Rick James post moderne. Dans ce clip sidérant, il pousse à fond le concept de Mac classieux et immortel. Snoop est dans le présent, le fufur certainement et le passé définitivement. Le tube du vocoder remplace le joint de chronic, le costard cheap évince le baggy, la pompe en croco bouffe la converse. Snoop s'offre les années 80 et propose un plan à trois à Véronique et Davina. Sensual Séduction. Marvin Gay du ghetto. Et comme le son est bon, Loki se demande si finalement, les 80's c'était pas encore mieux que les 70's...

lundi 26 novembre 2007

Loki veut voir la Louisiane

Dans la brume électrique



Depuis quelques jours, Loki a les pieds dans le bayou. Son esprit flotte dans les marais de la Nouvelle Orleans. Il rêve de Baton Rouge, de clubs de jazz chauds et moites, d'odeurs puissantes et indomptées. La faute aux grands hommes qui donnent à la Nouvelle Orleans son incroyable rayonnement culturel. Une vibration sourde, en sous marin, à l'éclat de crépuscule, trouble comme une eau stagnante. Loki vient de lire James Lee Burke. Et il a les pieds dans le bayou.
Dans la brume électrique avec les morts confédérés. Un titre qui pue la Louisiane. Long, lent, sans relief en surface, terriblement agité dans ses profondeurs. Burke est l'un des auteurs les plus emblématiques de la région. Ses romans plongent dans les tréfonds du pays comme un appât à poisson-chat dans les eaux du Mississipi. Sa plume dessine des tableaux aux couleurs vives, vert bouteille, bleu nuit, noir ébène, rouge sang. Un camaïeu littéraire saisissant. Tu ne lis pas Dans la Brume électrique. Tu le regardes. Comme une peinture.
Le héros de Burke s'appelle Dave Robicheaux. Un nom qui n'a rien d'un hasard. Une vieille légende cajun raconte le destin d'un enfant adopté par un loup garou donnant naissance à une longue lignée d'artistes. Les Robicheaux. Celui de Burke porte la Louisiane au coeur des tripes. Policier et pêcheur, il a la sécheresse du marais et l'âpreté du vieux bois. Lorsqu'à la faveur d'une rencontre avec un acteur hollywoodien atteint de troublantes visions, il découvre le cadavre d'un homme noir enchaîné attendant depuis plus de 20 ans que la justice veuille bien ôter son bâillon, Rabicheaux voit resurgir les fantômes de son propre passé. Il a vu mourir cet homme. Il en est persuadé. Symbole de l'incessant combat racial qui gronde toujours à New Iberia, ce corps va réveiller les tensions de la ville. Robicheaux, pompier pyromane, va allumer la mèche, faire exploser l'omerta, pour mieux éteindre l'incendie. Une quête qui lui fera partager les visions de son nouvel ami acteur. A la nuit tombé, entre les branches de roseaux baignant dans des eaux saumâtres, les troupes sudistes ayant combattues pendant la guerre de sécession reviennent hanter le champ de bataille. A leur tête, un général usé traîne sa souffrance d'un combat inutile. Rabicheaux le sent, comme une flagrance putride émanant d'un placard trop longtemps fermé. Un placard qu'il va devoir ouvrir pour mener son enquête.
Loki veut voir la Louisiane. Sentir à pleins poumons les parfums humides d'une terre si fertile. Celle qui a soutenue les pas de géants: Burke, Kennedy Toole, Louis Armstrong, Sydney Bechet, Lil Wayne, Fats Domino, Truman Capote, Harry Conncik Sr et Jr, Tony Joe White...
Pour accompagner sa lecture, il a trouvé le son parfait. Celui d'un vieux rocker au visage émacié, métisse cajun, portant chapeau, nuque longue et pendentif indien, ayant noué les notes de sa guitare avec celles de Jonhhy Cash, John Lee Hooker, James Brown, Herbie Hancock... Son nom: Coco Robicheaux... Toujours pas de hasard... Bande originale du livre... La voix grave de Coco gronde comme une tempête roulant sur les marais. Silence... Walking with the spirit... On entend la Louisiane... Loki a les pieds dans le bayou. C'est ici.

Louisiana Medecine Man en chair et en os:



Bonus: Le superbe Lake Placid Blues de Tony Joe White:





Petit plaisir: New Orleans, de Lil Wayne. And where it from? New Orleans :


Double cheese: la vidéo d'un des meilleurs titres de Mos Def ces dernières années, le terrifiant Katrina Clap, sur les désastres de l'ouragan et l'absence de réaction du gouvernement américain :


Un grand merci à Noelle, pour les mots, et Jean-Pierre, pour les notes.

dimanche 25 novembre 2007

Loki est un type des années 70

DeLorean Musique



Des années que je me répète cette évidence: "Tu t'es fait enfler mon pote! T'aurais du naître dans les 70's!" Le mythe est vivace, ancré profondément dans le fion de la "génération sacrifiée" à laquelle j'appartiens. Histoire de dire qu'on l'a dans l'cul. Et que ca fait mal. Dans le livre d'histoire de notre imaginaire, à la page 70, on trouve de jolis mots: libération, musique, sexe, fêtes, rock, funk, espoir... 20 pages plus loin, voici ceux avec lesquels il a fallu écrire nos biographies personnelles: chômage, sida, dépression, FN, inflation, crack, gueule de bois... Un seul mot pour éclairer vraiment la génération Loki: hip-hop. Mais ça, ils ne le comprendront que dans quelques années, quand le fantasme rock aura fini d'irradier les rétines des élites culturelles. Ca prendra du temps...
Et quand Loki a envie de s'y croire, dans ces années 70 qui lui ont échappé, il s'envoie à fond de volume le dernier album de Sharon Jones & The Dap Kings. C'est une faille sonore. Une DeLorean musicale. Comme si Woodstock avait eu lieu hier et que Jimmy, Janis et Jim n'étaient pas morts pitoyablement dans un monticule de poudre, d'alcool et de vomi. Comme si la fête ne s'était pas arrêtée. Plus de 20 ans que Sharons Jones traîne sa voix divine sur les sonorités souls les plus raffinés. James Brown, Maceo Parker et tant d'autres ont profité du timbre de velour de cette choriste de luxe. Il aura fallu qu'elle rencontre les Dap Kings, formation de vétérans aux instruments patinés par le temps, habités par les dieux de la funk, pour qu'elle rencontre enfin la reconnaissance. Les Dap Kings sont notamment responsables du son des meilleurs titres du dernier Amy Winehouse. C'est dire la puissance de feu de ces tontons grooveurs. L'album devrait rapidement offrir à ces anciens la gloire qu'ils méritent. Allez jeune, offre toi un petite virée dans le temps, avec le clip du somptueux 100 days, 100 nights. Sors ton cuir cintré, ton "pattes d'eph", va cueillir quelques fleurs dans le square d'Anvers, en évitant les seringues de tox, choppe toi un bon buvard de LSD, ressort Hunter Thompson de ta bibliothèque, et rêve, toi aussi, que tu es né en 1970.

100 Days, 100 Nights


Bonus: la vidéo de Dropped in to see what condition my condition was in, reprise d'un titre écrit par Mickey Newbury, chanté par Kenny Rodgers, bien connu des amateurs de Big Lebowski.


Double bonus: un live ravageur, histoire de capter précisément de quoi on parle.


Triple bonus: T'y es jeune? Alors prend cette dernière vidéo dans ta tronche. Sharon Jones frappe à la porte de l'oncle Bush. Et elle est très remontée. "Is Bush in here?" Huge. Très huge.

Le Parrain, le Roi et le Prince.

Au terme de la bataille d'Austerlitz, sur le plateau du Pratzen, Napoleon, après avoir défait les 200 000 soldats alignés par le général Koutouzov, eu ces quelques mots pour ses soldats: "Vous pourrez dire: j'y étais."
C'est la seule et unique phrase qui me vient à l'esprit lorsque je songe aux quelques veinards qui ont assisté à ce concert ahurissant. L'un de ces moments à la puissance émotionnelle telle que l'on sait que leur portée nous dépasse largement. Quelques minutes d'éternité en guise de souvenir. Loki se fout de Napoléon. Mais il embrasserait avec déférence la main du Parrain, prêterait allégeance éternelle au Roi et acclamerait le Prince à s'en faire exploser les poumons. Et s'il avait fait partie de cette foule bénie des dieux de la musique, il n'aurait prononcé qu'une phrase: j'y étais.




Dédicace à Mickaelle.