Allez, le sapin est définitivement dans la cheminée, le feu ronronne, le p'tit vin jurassien réchauffe la gorge, c'est le moment de tabler sur les acquis et de s'envoyer un bon Lil Wayne histoire d'hiberner gentiment. Weezy sort enfin un bon titre et le plus ironique c'est que c'est produit par Swizz Beat, la radasse de la production hip-hop, un genre d'Obispo du beat voyez, qui tache et se vend au kilo. Et là pourtant, c'est presque subtil. Cymbales et xylophone remplacent les infra basses et un étrange refrain vocodé arabisant ponctue la chose. C'est un peu ça la magie d'une nouvelle année, tout est possible puisque la feuille est encore vierge. Bon, le problème c'est que Swizz croit qu'il peut raper correctement. Ca souille un peu la copie 0.9, on retombe dans la réalité, peut-être que ce sera bien mais y'aura quand même comme un arrière goût de cramé. Quoi, 9 c'est jamais que juste après 8. Demain, c'est pas beaucoup plus loin qu'aujourd'hui. Ca fait court pour tout changer. Et sans doute pas les thématiques des rappeurs, puisque le titre que voici s'appelle "Up in the club". Un jour, il faudra faire une anthologie avec tous les morceaux hip-hop mentionnant le fameux club. Au final, ça ressemble un peu à un bunker leur truc. Une bonne planque en attendant, enfin, une bonne année. Où Swizz Beat déciderait de ne plus raper. Par exemple. 2009. Planquez-vous.
Et comme cette année commence décidément bien, le dernier Common étant sorti en 2008 et ne comptant donc pas, Pharell se met lui aussi à refaire de la bonne musique. Et toujours avec ce bon Weezy qui nique définitivement la très archaïque notion d'album. Il sort des tonnes de morceaux sur des tapes improbables, fourgue dans le lot quelques uns des plus beaux titres de ces dernières années, et n'est pas capable de compiler les 15 meilleurs sur un pauvre disque. Parce que Weezy est au-delà du support, tu comprends. Au delà du physique, du réel, du temporel. Il est dans l'instant, dans le moment, dans les temps. Yes.
Allez, on se termine tranquillement avec Dedication 3, le meilleur titre de sa dernière tape sur un son d'Outkast, déjà entendu sur ces pages. Titre autant vocodé que codéiné. Avec plein de "couz", de "niggaz" et de "gunz". Tout c'qu'on aime quoi.
Mais à cette tape "officielle", en tout cas sponso par le bonhomme, on préférera celle de son ennemi juré, The Empire, obscure entité qui se fait un max de buzz et de blé en compilant mieux que personne les morceaux de Lil Wayne. Même mieux que l'intéressé lui-même. Ce jeu est une énigme.
Et sous le papier cadeau, oh surprise, un joli petit download des familles, bien branchouille et tout, avec un Africain ça fait bien. Histoire de se dire que les fêtes, les vraies, ne font que commencer. Que les fausses, les nulles, les apprêtées, jamais données, sont enfin achevées. Loki a envie de vous dire joyeux Noël, là tout de suite et pourquoi pas. Sous le sapin miteux, à poil et promis à la cheminée, il reste un paquet égaré. C'est Esau Mwamwaya. N'essaie même pas de prononcer ce nom, tu vas te claquer la langue. Esau est du Malawi. Le seul truc que je sais du Malawi, c'est que Madonna y vole des petits. Pauvre pays. Esau pose une voix douce, cristalline et pourtant terriblement puissante sur les productions électroniques du duo Londonnien Radioclit. J'adore le nom de ce groupe... Esau souffle ses paroles comme des incantations, revisite des morceaux archi grillés avec une classe folle, insufflant l'Afrique à chaque respiration. Même "Hold me", le titre le plus tricard de la discographie pourtant chargé en bouses de Michael Jackson. On a envie de jouer le bon wawache, de sortir sa guitare, se laisser pousser des dreads, faire un feu sur une plage, porter un tee-shirt Fela Kuti et dire des trucs comme "Ouais, non mais tu vois, l'Afrique c'est vraiment génial, j'veux dire, y'a une authenticité incroyable, on sent que ces gens sont proches de la vraie vie tu vois, des vrais valeurs, moi j'me sens trop Africain dans l'âme quoi! Et Fela c'est trop un dieu!" Mais non, on ira pas jusque là. On dira juste que si "Africa is the future", ce qu'on lui souhaite sans trop y croire, Esau aura surement sa part. Et s'il n'a que 2009, c'est déjà pas si mal. Joyeux Noël.
Comme promis, le lien vers la Mix Tape intégrale et totalement gratuite baptisée avec beaucoup d'à propos "The very Best" et accompagnée d'une pochette à la Roi Lion parfaitement moche. Si si, faut le dire:
Ca sent le sapin pour 2008. C'est l'heure des grands classements, l'exercice préféré des mags de zik qui vont en pondre au kilomètre à moindre frais. Loki vous recommande celui-ci, œuvre d'un sale type au mauvais goût très sur. Et puisque Loki est décidément un gars aigri, voici LE classement inversé. Le pire du pire de la musique en 2008. Le classement de l'apocalypse!
1 Bénabar. Ce type a quelque chose à voir avec l'antéchrist, c'est sûr. Sa bonhomie roucoulante cache forcément un sadisme exacerbé. Surtout, le matraquage CRS de ses chansons, systématique dès qu'on approche du rayon charcuterie du Carrefour, est de ceux dont on ne se remet jamais vraiment. Depuis "L'effet Papillon", j'achète plus de saucisson.
3 Cabrel. Sans moustache, ça parait tout de suite moins sympathique non? Y'avait la musique d'ascenseur, Cabrel a inventé la musique de cheminée.
4 Abd Al Malik. J'ai de plus en plus l'impression que Bénabar est entré dans son corps. Et c'est sale.
5 Booba. Pour stopper les ravages de la créatine chez les rappeurs. Les biceps gonflent, les punchlines disparaissent. C'est quand même con.
6 Lam featuring la Marseillaise. En une seule et unique prestation d'anthologie, ce duo magique a quasiment provoqué un incident diplomatique. A un moment, j'ai même cru qu'on allait attaquer le Maghreb. Si si.
7 Christophe Mahé. Quand il part dans les aigus, ça fait un peu le même bruit que la craie griffant le tableau pendant les cours de Maths de monsieur Dua, en seconde. Une période vraiment pourrie.
8 Julien Doré featuring Carla Bruni. Parfois, on zappe sans s'imaginer que la mort attend au coin d'une chaine. Quand je suis tombé sur ce live à Taratata, mon organisme n'a pas supporté. Même pas eu le temps de contre zapper: rupture d'anévrisme immédiate. Je m'en suis remis mais j'ai encore un peu de mal à manger tout seul.
9 Julien Clerc featuring Carla Bruni, Nagui. Et Sarkozy qui traine dans les coulisses. Si si, ça s'est produit. Pendant le Téléthon. Là, j'ai vraiment cru que le monde allait basculer dans les flammes de l'enfer. En plus, ça recommence trois fois. L'instant précis où Sophie Davant comprend qu'elle ne va pas battre le record cette année. Dur.
10 Grands Corps Malade featuring l'équipe de France. Il sentait quand même un peu la défaite cet euro. Faire chanter à Grand Corps Malade l'hymne d'une équipe dont le capitaine est Patrick Viera, c'est tirer un bon coup sur la queue du diable. Faut pas s'étonner qu'il nous soit tombé sur la gueule.
Comme un bouddhiste croit à la réincarnation. Une seconde vie musicale. La possibilité de tout recommencer, sous une meilleure parenté ou de meilleures BPM. Mais à ce petit jeu, la dure morale religieuse reste de mise: un morceau pourri ne devient pas subitement génial une fois remixé. Il peut même avoir droit à une réincarnation encore plus merdique que sa première existence. Pas la peine de vous faire une liste, suffit de vous balader dans le rayon Singles de votre Carrefour préféré pour vous en rendre compte. Mais parfois, le miracle se produit. D'un titre déjà excellent, un producteur respectueux signe un remix en forme d'hommage. Comme une ré-écriture, une mise en valeur de l'original. Le morceau semblait presque mort, à bout de souffle, tombé dans l'oubli, et le voici pimpant, mac chantant, gorgé de vie, le cœur battant sur une nouvelle rythmique. C'est ce genre d'œuvre à la Frankenstein que pratiquent les gars d'Hot Chip. Le groupe britannique s'est fait une spécialité du remix soigné et vivifiant. Ils y manifestent d'ailleurs un talent presque supérieur à leurs productions sans canevas. Leur dernière créature, c'est cette superbe réincarnation de "Passin me by" des mythiques Pharcyde. L'original, produit par J-Swift et tiré du tout premier album du groupe Californien, est déjà un monstre couturé de samples: on y trouve du Quincy Jones, du Jimi Hendrix, du Skull Snaps, du Weather Report, du Roy Ayers et même du Whodini. Symbole d'une époque ou le sampleur faisait loi, malgré ses évidentes lourdeurs. En l'occurrence, si la boucle initiale de "Passin me by" reste ultra efficace, les jointures avec le refrain et les scratchs intempestifs ont tendance à plomber le track. Si la fraicheur des Pharcyde à cet instant précis de l'histoire du hip-hop est incontestable, la production est encore très marquée 80's et sera bientôt remplacée par les compositions soyeuses du génial Dilla. Les britons d'Hot Chip se sont emparés de "Passin' me by" et l'ont ressuscité avec classe. Sans haine, ni violence, en respectant l'indispensable touche jazzy qui caractérise le groupe, nappant le refrain d'une atmosphère presque noise à la Portishead. Les guitares ronronnent, un orgue glisse, un ange passe. Ode. Le résultat est assez prodigieux. Les Pharcyde ne sont plus, ou plus vraiment, et ça fait chier. Ne reste que le remix pour les revivre. Et Loki croit au remix. Crois, toi aussi.
Et bien sur, l'original:
La version de Hot Chip est issue de la géniale compilation de Rmxxology éditée par le label Delicous Vynil responsable des premiers opus de Pharcyde mais aussi Tone Loc, Young MC, Masta Ace ou les Brand New Heavies. Rencontre entre producteurs actuels et morceaux d'un catalogue prestigieux de 20 ans d'age, c'est une putain de galette de rois. Sans déconner.
Comme une vidéo de Larytta. Duo Suisse. Electro chelou, troisième dimension sonore, David Lynch music. Le tandem de Lausanne vient de sortir un bizarre LP baptisé "Difficult fun". Joli nom. Le clip de Souvenir de Chine a le même effet hypnotisant qu'une plongée oculaire dans un caléidoscope. Euphorisant comme un bain de minuit bourré dans une rivière des Pyrénées, à faire la planche la bite à l'air et le nez dans les étoiles. La seule image qui me vient. Etrange.... Des souris et des canards. On dirait une fable. Affable. Affabule. On sait bien que les reflets sont trompeurs. Que la glace est sans tain. Et que Larytta nous fourre sans doute, discrètement, un message politique sur la misère des bêtes en milieu HLM. Et qu'on ferait bien de se regarder dans un miroir. Ou bien non. Peut être que juste, les types voulaient voir ce que ça faisait des canards et des souris et une glace. Et pourquoi pas. Et pourquoi. Et....
Comme un compteur Geiger à l'approche d'une source hautement radioactive. L'aiguille au maximum tape du côté "génie". Thomas Decarlo Callaway a un talent nucléaire. Fission, frissons, fusion. Rap, soul, funk, rock. Quoi d'autre? La magie. L'histoire. Cee-Lo la porte sur une peau sertie d'arabesques et de maux. Cicatrice originelle à Atlanta, nombril de son monde. Mort du père quand il a deux ans. La mère suit 16 ans plus tard. L'église accueille sa voix, haute, profonde, parcourue d'intimes écorchures. Le rap le recuille. Ou l'inverse. Avec le groupe Goodie Mob, il signe Soul Food en 1995, un classique absolu et l'acte de naissance du Dirty South, ce son crado et funky qui s'apprête à régner sur la galaxie hip-hop. Outkast, qui a sorti quelques mois plus tôt le légendaire Southernplayalisticadillacmuzik,les producteurs Organized Noise et Goodie Mob forment la Dungeon Family, collectif timbré ultra créatif qui convoque a chaque sorti les fantômes de Parliament. Costumes chelous et rimes déjantées. En 2002, Cee-Lo s'offre la liberté du solo. Son univers a besoin d'espace. Son flow chantant lui autorise toutes les expérimentations sonores. Son gout pour le spleen bien sombre donne vie à des textes corsés, amers, puissants. Café noir chargé de sucre. Voilà le style Cee-Lo. Les deux disques qu'il publie sous son nom sont des prodiges d'inventivités et de déprime. Closet Freak, monstre des chiottes. Gettin' Grown, pas envie d'grandir. I'll be around, avec Timbaland. Childz Play, duo flamboyant avec Ludacris. 2006. Rencontre avec un autre électron libre. Impact. Échange d'ions, réaction chimique, explosion. Cee-Lo et Danger Mouse. Gnarls Barkley. Passage de dimension. Crazy. Odd Couple. Dangereuse liaison. Tout d'un coup, tout fait sens. Les multiples facettes de Cee-Lo ont trouvé leur chef d'orchestre. On touche au sublime. Démonstration, en vie. A l'Astoria, Londres. Neighbors. De sa fenêtre Cee-Lo sent le regard pesant de ceux qui vivent à ses côtés. Lui, le Closet Freak, monstre génial, scruté par ceux qui ne lui ressemble pas. Seul, laid. Et pourtant tellement attirant. "My neighbor likes where I stay, but doesn't know the price that I pay" puis "My neighbor like my clothes, but hasn't see me with my scars exposed." Instant suspendu.
Le reste du concert est à l'unisson, même si y'a plein de notes. Tu devrais déjà être en train de le mater dans son intégralité plutôt que lire ce blog foireux. Encore là? Bon. Puisque Cee-Lo est sans doute l'un des plus grands de l'espace temps, le voici à l'Abbey Road des Beatles. Où il Transforme un vieux mythe miteux dans un cercueil tout vide en moment de grâce. Ha oui, j'oubliais: j'emmerde les Beatles. Et Bénabar aussi, tiens, pendant qu'on y est. Pernaut nous ment, c'est Bénabar la vraie musique sataniste nazie. Bref.
Et un p'tit tour chez Letterman pour se terminer gentiment. Going On. "I'm going on. And I prefer to goin' alone." Mais pourquoi Bénabar ne suit pas ces admirables conseils??
Voilà, tu sais tout le jeune. Ou presque. Ou rien. Comme tu veux.
Code binaire en vrac. Série de 0, plus de 1. Le disque dur est un vinyle. Et il s'est rayé. Feuille trop blanche, comme les nuits, même plus envie de la souiller. Vacuité littéraire. Message d'erreur. Rafraichir? Non, toujours rien. Loki a eu un bug. Et c'en est un autre qui l'a réveillé. The Bug. Derrière ce nom apocalypse de l'an 2000 se cache Kevin Martin, musicien londonien donnant dans la dustep minimale. A moins que ce soit le jazzcore. Ou le trip-hop. S'en fout, Kevin fait de la bonne musique, quelque soit son nom. Il a sorti en septembre un second album sous le nom de The Bug. London Zoo. Une furie. Electro sombre et métallique percutée de flows de rudeboys énervés. Racines jamaïquaines entravées dans le béton. Le passé casse la gueule au futur. Ou l'inverse. On ne sait plus trop où on est, aux confins de la modernité sans doute, là où elle hurle qu'elle n'est qu'un leurre. Dans le mur donc. Roué, à ses pieds. Où les MC déchainés crachent leur colère dans la lumière crue des gyrophares. Oui, ça existe encore. Pas dans le rap, non. Là, dans le zoo londonien. C'est le Bug. Rallume tout.
Skeng. Flow Dan et Killa P. Comme une incantation finale, oraison sur un horizon funèbre.
Judgement. Avec Ricky Ranking. Après l'oraison, le jugement dernier. Tu chiales pas encore?