Ca sent le sapin pour 2008. C'est l'heure des grands classements, l'exercice préféré des mags de zik qui vont en pondre au kilomètre à moindre frais. Loki vous recommande celui-ci, œuvre d'un sale type au mauvais goût très sur. Et puisque Loki est décidément un gars aigri, voici LE classement inversé. Le pire du pire de la musique en 2008. Le classement de l'apocalypse!
1 Bénabar. Ce type a quelque chose à voir avec l'antéchrist, c'est sûr. Sa bonhomie roucoulante cache forcément un sadisme exacerbé. Surtout, le matraquage CRS de ses chansons, systématique dès qu'on approche du rayon charcuterie du Carrefour, est de ceux dont on ne se remet jamais vraiment. Depuis "L'effet Papillon", j'achète plus de saucisson.
2 Nadiya featuring Enrique Iglesias. Le seul et unique morceau qu'on aurait du utiliser à Guantanamo. Perso, j'avoue toutes mes branlettes au deuxième couplet.
3 Cabrel. Sans moustache, ça parait tout de suite moins sympathique non? Y'avait la musique d'ascenseur, Cabrel a inventé la musique de cheminée.
4 Abd Al Malik. J'ai de plus en plus l'impression que Bénabar est entré dans son corps. Et c'est sale.
5 Booba. Pour stopper les ravages de la créatine chez les rappeurs. Les biceps gonflent, les punchlines disparaissent. C'est quand même con.
6 Lam featuring la Marseillaise. En une seule et unique prestation d'anthologie, ce duo magique a quasiment provoqué un incident diplomatique. A un moment, j'ai même cru qu'on allait attaquer le Maghreb. Si si.
7 Christophe Mahé. Quand il part dans les aigus, ça fait un peu le même bruit que la craie griffant le tableau pendant les cours de Maths de monsieur Dua, en seconde. Une période vraiment pourrie.
8 Julien Doré featuring Carla Bruni. Parfois, on zappe sans s'imaginer que la mort attend au coin d'une chaine. Quand je suis tombé sur ce live à Taratata, mon organisme n'a pas supporté. Même pas eu le temps de contre zapper: rupture d'anévrisme immédiate. Je m'en suis remis mais j'ai encore un peu de mal à manger tout seul.
9 Julien Clerc featuring Carla Bruni, Nagui. Et Sarkozy qui traine dans les coulisses. Si si, ça s'est produit. Pendant le Téléthon. Là, j'ai vraiment cru que le monde allait basculer dans les flammes de l'enfer. En plus, ça recommence trois fois. L'instant précis où Sophie Davant comprend qu'elle ne va pas battre le record cette année. Dur.
10 Grands Corps Malade featuring l'équipe de France. Il sentait quand même un peu la défaite cet euro. Faire chanter à Grand Corps Malade l'hymne d'une équipe dont le capitaine est Patrick Viera, c'est tirer un bon coup sur la queue du diable. Faut pas s'étonner qu'il nous soit tombé sur la gueule.
lundi 29 décembre 2008
dimanche 28 décembre 2008
Loki croit au remix
Comme un bouddhiste croit à la réincarnation. Une seconde vie musicale. La possibilité de tout recommencer, sous une meilleure parenté ou de meilleures BPM. Mais à ce petit jeu, la dure morale religieuse reste de mise: un morceau pourri ne devient pas subitement génial une fois remixé. Il peut même avoir droit à une réincarnation encore plus merdique que sa première existence. Pas la peine de vous faire une liste, suffit de vous balader dans le rayon Singles de votre Carrefour préféré pour vous en rendre compte. Mais parfois, le miracle se produit. D'un titre déjà excellent, un producteur respectueux signe un remix en forme d'hommage. Comme une ré-écriture, une mise en valeur de l'original. Le morceau semblait presque mort, à bout de souffle, tombé dans l'oubli, et le voici pimpant, mac chantant, gorgé de vie, le cœur battant sur une nouvelle rythmique.
C'est ce genre d'œuvre à la Frankenstein que pratiquent les gars d'Hot Chip. Le groupe britannique s'est fait une spécialité du remix soigné et vivifiant. Ils y manifestent d'ailleurs un talent presque supérieur à leurs productions sans canevas. Leur dernière créature, c'est cette superbe réincarnation de "Passin me by" des mythiques Pharcyde. L'original, produit par J-Swift et tiré du tout premier album du groupe Californien, est déjà un monstre couturé de samples: on y trouve du Quincy Jones, du Jimi Hendrix, du Skull Snaps, du Weather Report, du Roy Ayers et même du Whodini. Symbole d'une époque ou le sampleur faisait loi, malgré ses évidentes lourdeurs. En l'occurrence, si la boucle initiale de "Passin me by" reste ultra efficace, les jointures avec le refrain et les scratchs intempestifs ont tendance à plomber le track. Si la fraicheur des Pharcyde à cet instant précis de l'histoire du hip-hop est incontestable, la production est encore très marquée 80's et sera bientôt remplacée par les compositions soyeuses du génial Dilla.
Les britons d'Hot Chip se sont emparés de "Passin' me by" et l'ont ressuscité avec classe. Sans haine, ni violence, en respectant l'indispensable touche jazzy qui caractérise le groupe, nappant le refrain d'une atmosphère presque noise à la Portishead. Les guitares ronronnent, un orgue glisse, un ange passe. Ode. Le résultat est assez prodigieux. Les Pharcyde ne sont plus, ou plus vraiment, et ça fait chier. Ne reste que le remix pour les revivre. Et Loki croit au remix. Crois, toi aussi.
Et bien sur, l'original:
La version de Hot Chip est issue de la géniale compilation de Rmxxology éditée par le label Delicous Vynil responsable des premiers opus de Pharcyde mais aussi Tone Loc, Young MC, Masta Ace ou les Brand New Heavies. Rencontre entre producteurs actuels et morceaux d'un catalogue prestigieux de 20 ans d'age, c'est une putain de galette de rois. Sans déconner.
C'est ce genre d'œuvre à la Frankenstein que pratiquent les gars d'Hot Chip. Le groupe britannique s'est fait une spécialité du remix soigné et vivifiant. Ils y manifestent d'ailleurs un talent presque supérieur à leurs productions sans canevas. Leur dernière créature, c'est cette superbe réincarnation de "Passin me by" des mythiques Pharcyde. L'original, produit par J-Swift et tiré du tout premier album du groupe Californien, est déjà un monstre couturé de samples: on y trouve du Quincy Jones, du Jimi Hendrix, du Skull Snaps, du Weather Report, du Roy Ayers et même du Whodini. Symbole d'une époque ou le sampleur faisait loi, malgré ses évidentes lourdeurs. En l'occurrence, si la boucle initiale de "Passin me by" reste ultra efficace, les jointures avec le refrain et les scratchs intempestifs ont tendance à plomber le track. Si la fraicheur des Pharcyde à cet instant précis de l'histoire du hip-hop est incontestable, la production est encore très marquée 80's et sera bientôt remplacée par les compositions soyeuses du génial Dilla.
Les britons d'Hot Chip se sont emparés de "Passin' me by" et l'ont ressuscité avec classe. Sans haine, ni violence, en respectant l'indispensable touche jazzy qui caractérise le groupe, nappant le refrain d'une atmosphère presque noise à la Portishead. Les guitares ronronnent, un orgue glisse, un ange passe. Ode. Le résultat est assez prodigieux. Les Pharcyde ne sont plus, ou plus vraiment, et ça fait chier. Ne reste que le remix pour les revivre. Et Loki croit au remix. Crois, toi aussi.
Et bien sur, l'original:
La version de Hot Chip est issue de la géniale compilation de Rmxxology éditée par le label Delicous Vynil responsable des premiers opus de Pharcyde mais aussi Tone Loc, Young MC, Masta Ace ou les Brand New Heavies. Rencontre entre producteurs actuels et morceaux d'un catalogue prestigieux de 20 ans d'age, c'est une putain de galette de rois. Sans déconner.
mardi 23 décembre 2008
Loki est un type étrange
Comme une vidéo de Larytta. Duo Suisse. Electro chelou, troisième dimension sonore, David Lynch music. Le tandem de Lausanne vient de sortir un bizarre LP baptisé "Difficult fun". Joli nom. Le clip de Souvenir de Chine a le même effet hypnotisant qu'une plongée oculaire dans un caléidoscope. Euphorisant comme un bain de minuit bourré dans une rivière des Pyrénées, à faire la planche la bite à l'air et le nez dans les étoiles. La seule image qui me vient. Etrange....
Des souris et des canards. On dirait une fable. Affable. Affabule. On sait bien que les reflets sont trompeurs. Que la glace est sans tain. Et que Larytta nous fourre sans doute, discrètement, un message politique sur la misère des bêtes en milieu HLM. Et qu'on ferait bien de se regarder dans un miroir.
Ou bien non.
Peut être que juste, les types voulaient voir ce que ça faisait des canards et des souris et une glace.
Et pourquoi pas.
Et pourquoi.
Et....
Des souris et des canards. On dirait une fable. Affable. Affabule. On sait bien que les reflets sont trompeurs. Que la glace est sans tain. Et que Larytta nous fourre sans doute, discrètement, un message politique sur la misère des bêtes en milieu HLM. Et qu'on ferait bien de se regarder dans un miroir.
Ou bien non.
Peut être que juste, les types voulaient voir ce que ça faisait des canards et des souris et une glace.
Et pourquoi pas.
Et pourquoi.
Et....
mercredi 10 décembre 2008
Loki oscille vers Cee-Lo
Comme un compteur Geiger à l'approche d'une source hautement radioactive. L'aiguille au maximum tape du côté "génie". Thomas Decarlo Callaway a un talent nucléaire. Fission, frissons, fusion. Rap, soul, funk, rock. Quoi d'autre? La magie. L'histoire. Cee-Lo la porte sur une peau sertie d'arabesques et de maux. Cicatrice originelle à Atlanta, nombril de son monde. Mort du père quand il a deux ans. La mère suit 16 ans plus tard. L'église accueille sa voix, haute, profonde, parcourue d'intimes écorchures. Le rap le recuille. Ou l'inverse. Avec le groupe Goodie Mob, il signe Soul Food en 1995, un classique absolu et l'acte de naissance du Dirty South, ce son crado et funky qui s'apprête à régner sur la galaxie hip-hop. Outkast, qui a sorti quelques mois plus tôt le légendaire Southernplayalisticadillacmuzik,les producteurs Organized Noise et Goodie Mob forment la Dungeon Family, collectif timbré ultra créatif qui convoque a chaque sorti les fantômes de Parliament. Costumes chelous et rimes déjantées.
En 2002, Cee-Lo s'offre la liberté du solo. Son univers a besoin d'espace. Son flow chantant lui autorise toutes les expérimentations sonores. Son gout pour le spleen bien sombre donne vie à des textes corsés, amers, puissants. Café noir chargé de sucre. Voilà le style Cee-Lo. Les deux disques qu'il publie sous son nom sont des prodiges d'inventivités et de déprime. Closet Freak, monstre des chiottes. Gettin' Grown, pas envie d'grandir. I'll be around, avec Timbaland. Childz Play, duo flamboyant avec Ludacris.
2006. Rencontre avec un autre électron libre. Impact. Échange d'ions, réaction chimique, explosion. Cee-Lo et Danger Mouse. Gnarls Barkley. Passage de dimension. Crazy. Odd Couple. Dangereuse liaison. Tout d'un coup, tout fait sens. Les multiples facettes de Cee-Lo ont trouvé leur chef d'orchestre. On touche au sublime.
Démonstration, en vie. A l'Astoria, Londres. Neighbors. De sa fenêtre Cee-Lo sent le regard pesant de ceux qui vivent à ses côtés. Lui, le Closet Freak, monstre génial, scruté par ceux qui ne lui ressemble pas. Seul, laid. Et pourtant tellement attirant. "My neighbor likes where I stay, but doesn't know the price that I pay" puis "My neighbor like my clothes, but hasn't see me with my scars exposed." Instant suspendu.
Le reste du concert est à l'unisson, même si y'a plein de notes. Tu devrais déjà être en train de le mater dans son intégralité plutôt que lire ce blog foireux. Encore là? Bon. Puisque Cee-Lo est sans doute l'un des plus grands de l'espace temps, le voici à l'Abbey Road des Beatles. Où il Transforme un vieux mythe miteux dans un cercueil tout vide en moment de grâce. Ha oui, j'oubliais: j'emmerde les Beatles. Et Bénabar aussi, tiens, pendant qu'on y est. Pernaut nous ment, c'est Bénabar la vraie musique sataniste nazie. Bref.
Et un p'tit tour chez Letterman pour se terminer gentiment. Going On. "I'm going on. And I prefer to goin' alone." Mais pourquoi Bénabar ne suit pas ces admirables conseils??
Voilà, tu sais tout le jeune. Ou presque. Ou rien. Comme tu veux.
En 2002, Cee-Lo s'offre la liberté du solo. Son univers a besoin d'espace. Son flow chantant lui autorise toutes les expérimentations sonores. Son gout pour le spleen bien sombre donne vie à des textes corsés, amers, puissants. Café noir chargé de sucre. Voilà le style Cee-Lo. Les deux disques qu'il publie sous son nom sont des prodiges d'inventivités et de déprime. Closet Freak, monstre des chiottes. Gettin' Grown, pas envie d'grandir. I'll be around, avec Timbaland. Childz Play, duo flamboyant avec Ludacris.
2006. Rencontre avec un autre électron libre. Impact. Échange d'ions, réaction chimique, explosion. Cee-Lo et Danger Mouse. Gnarls Barkley. Passage de dimension. Crazy. Odd Couple. Dangereuse liaison. Tout d'un coup, tout fait sens. Les multiples facettes de Cee-Lo ont trouvé leur chef d'orchestre. On touche au sublime.
Démonstration, en vie. A l'Astoria, Londres. Neighbors. De sa fenêtre Cee-Lo sent le regard pesant de ceux qui vivent à ses côtés. Lui, le Closet Freak, monstre génial, scruté par ceux qui ne lui ressemble pas. Seul, laid. Et pourtant tellement attirant. "My neighbor likes where I stay, but doesn't know the price that I pay" puis "My neighbor like my clothes, but hasn't see me with my scars exposed." Instant suspendu.
Le reste du concert est à l'unisson, même si y'a plein de notes. Tu devrais déjà être en train de le mater dans son intégralité plutôt que lire ce blog foireux. Encore là? Bon. Puisque Cee-Lo est sans doute l'un des plus grands de l'espace temps, le voici à l'Abbey Road des Beatles. Où il Transforme un vieux mythe miteux dans un cercueil tout vide en moment de grâce. Ha oui, j'oubliais: j'emmerde les Beatles. Et Bénabar aussi, tiens, pendant qu'on y est. Pernaut nous ment, c'est Bénabar la vraie musique sataniste nazie. Bref.
Et un p'tit tour chez Letterman pour se terminer gentiment. Going On. "I'm going on. And I prefer to goin' alone." Mais pourquoi Bénabar ne suit pas ces admirables conseils??
Voilà, tu sais tout le jeune. Ou presque. Ou rien. Comme tu veux.
lundi 24 novembre 2008
Loki a eu un Bug
Code binaire en vrac. Série de 0, plus de 1. Le disque dur est un vinyle. Et il s'est rayé. Feuille trop blanche, comme les nuits, même plus envie de la souiller. Vacuité littéraire. Message d'erreur. Rafraichir? Non, toujours rien. Loki a eu un bug. Et c'en est un autre qui l'a réveillé.
The Bug. Derrière ce nom apocalypse de l'an 2000 se cache Kevin Martin, musicien londonien donnant dans la dustep minimale. A moins que ce soit le jazzcore. Ou le trip-hop. S'en fout, Kevin fait de la bonne musique, quelque soit son nom. Il a sorti en septembre un second album sous le nom de The Bug. London Zoo. Une furie. Electro sombre et métallique percutée de flows de rudeboys énervés. Racines jamaïquaines entravées dans le béton. Le passé casse la gueule au futur. Ou l'inverse. On ne sait plus trop où on est, aux confins de la modernité sans doute, là où elle hurle qu'elle n'est qu'un leurre. Dans le mur donc. Roué, à ses pieds. Où les MC déchainés crachent leur colère dans la lumière crue des gyrophares. Oui, ça existe encore. Pas dans le rap, non. Là, dans le zoo londonien.
C'est le Bug. Rallume tout.
Skeng. Flow Dan et Killa P. Comme une incantation finale, oraison sur un horizon funèbre.
Judgement. Avec Ricky Ranking. Après l'oraison, le jugement dernier. Tu chiales pas encore?
The Bug. Derrière ce nom apocalypse de l'an 2000 se cache Kevin Martin, musicien londonien donnant dans la dustep minimale. A moins que ce soit le jazzcore. Ou le trip-hop. S'en fout, Kevin fait de la bonne musique, quelque soit son nom. Il a sorti en septembre un second album sous le nom de The Bug. London Zoo. Une furie. Electro sombre et métallique percutée de flows de rudeboys énervés. Racines jamaïquaines entravées dans le béton. Le passé casse la gueule au futur. Ou l'inverse. On ne sait plus trop où on est, aux confins de la modernité sans doute, là où elle hurle qu'elle n'est qu'un leurre. Dans le mur donc. Roué, à ses pieds. Où les MC déchainés crachent leur colère dans la lumière crue des gyrophares. Oui, ça existe encore. Pas dans le rap, non. Là, dans le zoo londonien.
C'est le Bug. Rallume tout.
Skeng. Flow Dan et Killa P. Comme une incantation finale, oraison sur un horizon funèbre.
Judgement. Avec Ricky Ranking. Après l'oraison, le jugement dernier. Tu chiales pas encore?
jeudi 5 juin 2008
Loki est un super vilain.

Un vrai, du genre couillu cornu avec collant et slip en peau de reptile. Jaune et vert, un peu ambiance Jamaïca en nettement moins chaleureux. Queue de cheval de p'tit enfoiré derrière le crâne. Et un cheptel de pit-bulls des enfers à ses côtés, genre combats clandestins dans les caves du Walhalla. Il fallait bien faire la lumière sur les origines du mystérieux Loki, qui hante la toile depuis bientôt un an. Alors voilà le jeune, maintenant tu sais. Loki est un super vilain.
Hommage au personnage mythique qui a inspiré le maitre de ces lieux. Dans le grenier du parrain, un plein carton de comics venait projeter sur les rétines un imaginaire flamboyant, exotique, lointain. Les super héros US, arme de distraction massive à la gloire de l'oncle Sam, type Captain America, bandent des muscles triomphants au visage de l'ennemi. Degré premier de la fantaisie, facile, accessible. Des types médiocres deviennent géniaux en portant des collants. Des crétins se déguisent en portant des lunettes. Des abrutis bas de plafonds grimpent aux murs après une morsure d'araignée. Self made mens absolus, mythe de l'incarnation, de la réincarnation, rêve américain travesti. Et dans ces BD mal foutues, au côté du grandiose Thor, sorte de charpentier écrabouillant des immondices à grands coups de marteau électrifié, un vilain bien tordu saute aux yeux, crève la bulle. Un vrai sale type, concentration de tout ce que n'est PAS le super-héros: fourbe, laid, cynique, calculateur, mytho, pourri au dernier degré de la putréfaction. Un super vilain. Comme nous. Adoration immédiate. Et nom qui claque: Loki.
Au départ, Loki est un dieu de la cosmogonie nordique. Proche parent d'Odin, sorte de DG des dieux. On les dit tantôt frères, tantôt cousins. Peu importe. Il est lié à la puissance parfaite. Il en est le contre balancier. De fait, c'est autour de Loki que tournent quasiment toutes les histoires de la mythologie nordique. Il vole le marteau de Thor, ment, tue, trompe les autres dieux qui ne jurent que par sa perte. Mais il les sort aussi de situations inextricables, comme lorsqu'il défait le géant ayant construit un mur autour d'Asgard, la bicoque d'Odin. Sa fin est édifiante. Au terme d'une ultime fourberie les dieux décident de l'attacher à trois rochers. Au dessus de lui, perché sur un arbre, un serpent déverse en permanence sur son corps un venin chaud qui ronge sa peau. Pour le protéger, sa femme Sigyn recueille le mortel liquide dans une coupe. Mais quand celle-ci est pleine, le poison brûle le pauvre Loki. Et ses hurlements de souffrance déclenchent de terribles tremblements de terre...
Un son en hommage à Loki? Put You On Game. Lupe Fiasco. Ok, on est loin de Black Sabbath et le petit Lupe n'a rien de l'antechrist. Pourtant, ce morceau est une ode diabolique au mal le plus pur en même temps que son meilleur titre. Sur un son sombre, violons chialants et lancinants, ponctué de détonations, Lupe rap en diable. Satan avec un micro fourchu, il envoie un texte parfait en forme d'incantation. On connaissait les talents du bonhomme, souvent sous employés sur des productions ronflantes. Là, c'est d'un tout autre niveau. Une orientation maléfique qu'il ferait bien d'emprunter à nouveau. Le mal lui va bien. Les deux dernières rimes, écrites dans un sang d'encre, claquent comme une implacable sentence:"If you die, tell them that you played my game/ I hope your bullet holes become mouths that say my name."
Voici Lupe, pour Loki. Super vilain. Bouh!
Ce texte est tellement diabolique que je le mets en lien. Là.
Gigantesque dédicace au parrain et à son mythique carton de comics.
lundi 2 juin 2008
Loki a une gueule d'Atmopshere

La tronche d'un p'tit blanc métissé par le pavé, basané par l'amitié, froncé par une musique saccadée. Comme si on avait une couleur... Loki a une gueule d'Atmosphere, le plus increvable des combos hip-hop blancs. Slug et Ant, le duo magique de Minneapolis remet ça avec, sans doute, l'album le plus abouti de leur longue carrière. Un titre méta-foirreux pour commencer, When life gives you lemons, You paint that shit gold. Long, sympa, non sens. A l'intérieur, c'est juste magnifique. De tous les groupes qui ont fait explosé, début 2000, la scène indépendante blanche, type Anticon, Sage Francis, Buck, Cage, Atmosphere est le plus cohérent, le plus inventif, le moins chiant, aussi. Il faudra un jour se pencher sur cette manie des rappeurs blancs à raconter leur déprime à longueur de textes. Les MC aspirine, passent, pour la plupart, leur temps dans l'introspection quand leurs collègues noirs garent leurs rimes bien loin de leur intérieur. Comme un manque de pudeur, une facilité à débiter le mal être. Ou alors une sorte de pulsion légitimiste, comme une manière de dire "Putain les gars j'ai le droit de rapper, je vais super mal!!!" Bien sur, je grossi le trait comme un fat cap. Mais on est quand même pas loin des séances de psy sur beat.
On s'est lassé. Mais Atmosphere est resté. Parce que Slug, le rapper dépresso, est accompagné d'un sacré compositeur. Je sais, on dit producteur normalement. Si si, dans le hip-hop, y'a pas de compositeur. Parce qu'un type qui sample ou joue uniquement de la machine numérique, ça peut pas être un compositeur ma bonne dame. Et non. N'empêche, Ant, deuxième moitié du duo, est un putain de compositeur. Du genre à recomposer des boucles tirées de nulle part, à bidouiller des mélodies parfaites, à faire chanter le plus lourdaud de synthés. Avec lui, les rimes taillées dans un poignet de Slug deviennent presque légères. Il tranche la sinistrose, écrase le cafard à coup de basses bien énervées. L'alchimie est parfaite.
Là dessus, Slug narre. Un peu "Raconte moi des Histoires" version trash. Ici une pute affamée, là une serveuse paumée. Souvent, il parle de lui, même quand il parle des autres. De son ex, Lucie, qui hante ses maux. La plume est précise, fine, sombre, évidemment. On écoute. Puis on écoute. Et enfin, on écoute. La chute est toujours implacable. Un film sonore, avec juste un générique. Putain d'Atmosphere.
Live parfait, si ce n'est la choriste, au show de Connan O'Brien. Le morceau, You, est l'un de plus réussis du dernier album. Slug raconte la vie flinguée d'une serveuse dans un rade bien mal famé. Normal que la belle finisse par le croiser:
La vidéo de You Shoulda Kown. Archétype parfait de l'art de Slug. Mal de crane, vue trouble, filles maigres, drogue, alcool. Luxe, rap et foncedé.
Your Glass House. Attention, chef d'oeuvre. Son sur-pression et rimes éthyliques. Slug tutoies et tue. Tu te réveilles d'une vilaine nuit, la gueule au fin fond de ton fion, un cendrier dans la gorge, de l'alcool plein les veines. Et tu ne sais pas dans quelle saloperie de baraque tu te trouves. Mais où es-tu? Avec qui? Slug a la réponse. Ecoute:
La photo d'ouverture est tirée du superbe travail de l'artiste chinois Li Wei.
Note: Atmosphere, acoompagné de Brother Ali, est en concert le 28 juin au Batofar.
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